Histoire

novembre 24, 2021

En construisant de manière plus intelligente aujourd’hui, on peut contribuer à résoudre la crise de l’offre de logements de demain

Dan Dicaire, gestionnaire de la conservation et de la durabilité à la Société de logement communautaire d'Ottawa (SLCO)

Dan Dicaire, gestionnaire de la conservation et de la durabilité à la Société de logement communautaire d'Ottawa (SLCO), explique la façon dont l'efficacité énergétique et l'investissement dans la modernisation sont essentiels pour construire des logements qui durent.

Le Défi de l’offre de logement offert par la Société canadienne d’hypothèques et de logement, invite les candidats à proposer des solutions qui réduiront ou élimineront les obstacles à la nouvelle offre de logements. Evergreen aide les candidats au Défi de l’offre de logement en offrant les directives, le mentorat et les ressources nécessaires pour élaborer et améliorer leur proposition.

Evergreen demande aux experts dans le secteur du logement de partout au Canada de partager leurs expériences et de souligner certains des principaux obstacles à l’offre de nouveaux logements. Voyez le reste de la série ici.

On a longtemps vu la durabilité comme une réflexion après coup lorsqu’on parle d’aménagement de nouveaux logements. Elle représente trop souvent l’aspect qu’on néglige lorsque vient le temps d’imposer des contraintes budgétaires. Dan Dicaire, gestionnaire de la conservation et de la durabilité à la Société de logement communautaire d’Ottawa (SLCO), explique la façon dont l’efficacité énergétique et l’investissement dans la modernisation sont essentiels pour construire des logements qui durent.

La crise du logement et la crise du climat

La Société de logement communautaire d’Ottawa(SLCO) est le plus important fournisseur de logements sociaux à Ottawa et le deuxième en importance en Ontario. La SLCO entretient à l’heure actuelle tout près de 15 000 maisons qu’occupent environ 32 000 locataires, incluant des personnes âgées, des parents, des couples, des célibataires et des personnes aux prises avec des besoins particuliers.

Nous désirons ajouter des milliers de nouvelles unités à notre portefeuille au cours des prochaines années afin de rendre le logement plus abordable et pour contribuer à atténuer la crise du logement. Cependant, nous avons également ces 15 000 unités de logement actuelles qui libèrent pour l’instant 29 000 tonnes de CO2 par année en raison de leur consommation d’énergie. Nous faisons la promotion de nouvelles façons de réduire ces chiffres pour aider le Canada à atteindre ses cibles de réduction des émissions de gaz à effet de serre (GES).

Protéger le portefeuille actuel

L’immeuble moyen qui fait partie du portefeuille de la SLCO a été construit dans les années 1960, à une époque où les normes de construction et en matière d’efficacité énergétique étaient différentes.

Prenons, par exemple, deux fenêtres qui remontent à 60 ans et qui sont placées côte-à-côte à l’intérieur d’une maison. Il est possible qu’une d’elles présente des fuites pour ainsi laisser pénétrer l’eau à l’intérieur du mur, alors que l’autre est parfaitement étanche. Une maison comporte quelque part entre 16 et 20 fenêtres. Elles ne présenteront pas toutes des fuites, mais après 60 ans, il est probable que certaines d’entre elles ne soient plus parfaitement étanches. Multipliez ce nombre par 15 000 maisons et le nombre de fenêtres présentant des fuites devient considérable. Si les fenêtres ne sont pas fixes, l’eau s’infiltrera, la moisissure fera son apparition, l’intégrité structurale de la maison sera compromise et vous pourriez vous retrouver dans une situation où il deviendra impossible d’habiter à cet endroit si vous n’avez pas procédé à son entretien. Il faudra alors remplacer les fenêtres, ce qui est dispendieux. Cependant, si on ignore le problème, il en coûtera davantage par la suite.

Modernisation d’un investissement

Au printemps 2020, la SLCO mettait sur pied le Projet de Rénovation énergétique extérieure préfabriquée en partenariat avec Ressources naturelles Canada. La modernisation consistait à installer des panneaux isolés préfabriqués recouvrant quatre maisons en rangée construites il y a 60 ans dans le quartier Overbrook à Ottawa. Les maisons ont fait l’objet de mises à niveau du système électrique, alors qu’on a également refait la toiture, installé de nouvelles fenêtres et des panneaux solaires. Les maisons en rangée qui émettaient 18 tonnes de CO2 par année, coûtant plus de 7 000 $ en services, libèrent maintenant zéro émission parce qu’on a augmenté l’efficacité et produit de l’énergie à partir de panneaux solaires.

Nous voyons l’importance de procéder à un investissement initial pour s’assurer, premièrement, que nous préservons le bien, deuxièmement, que celui-ci est plus performant et, troisièmement, qu’on atteint nos cibles en matière de GES. Nous examinons présentement le reste de nos 15 000 unités en tenant compte de ces priorités.

Construire de nouveaux immeubles en songeant à l’avenir

On trouve, à Ottawa, un quartier du nom de Rocheste Heights où l’on comptait 100 unités. Il s’agissait d’un endroit très vieux dont la conception était inférieure aux normes. La chaleur s’échappait par le toit en hiver, par exemple, faisait fondre la neige et entraînait la formation de gros glaçons. Cela représentait un désavantage considérable du point de vue de l’énergie et de la sécurité. Nous avons décidé dans ce cas qu’il s’agissait d’une occasion de construire de nouveaux logements.

La SLCO a démoli 26 unités sur le site et a été en mesure de construire 140 unités de logement abordables, incluant un immeuble d’habitation comportant 180 maisons, qui représente présentement la maison passive résidentielle la plus grande jamais construite au Canada. Une maison passive est un immeuble à grande efficacité muni d’un isolant épais et de ventilateurs de récupération d’énergie, qui réduisent de manière dramatique la consommation d’électricité et permettent de maintenir les factures d’électricité de chaque unité à moins de 200 $ par année. Un réaménagement comparable aura lieu sur le site des 74 unités restantes qu’on a également démolies.

Débuter immédiatement

La modernisation et la construction de maisons passives permettent de réaliser des économies à long terme, mais elles doivent faire l’objet d’une longue planification, ce qui ne plaît pas à bien des promoteurs. Il existe des programmes, tels le Fonds national de co-investissement pour le logement de la SCHL, qui financent les nouveaux ensembles résidentiels, ainsi que des améliorations éconergétiques importantes. Pour accéder à ces fonds, des cibles agressives en matière de réduction de la consommation d’énergie doivent être atteintes. Cela est venu changer le cours de la conversation. Auparavant, des groupes de promoteurs voyaient la durabilité comme une caractéristique facultative, une option intéressante, mais qui était la première éliminée lorsque le budget devenait plus limité. Les groupes de promoteurs viennent maintenant à moi en me disant « Nous voulons cet argent. Comment fait-on pour construire des logements abordables? »

J’espère que la popularité de programmes comme ceux-ci envoie un message aux partis politiques, mais nous ne pouvons ultimement nous arrêter et attendre que les cycles politiques soient propices afin de procéder à ces changements. Le jour où une entente de financement aura pour but de construire de nouveaux logements, il faudra encore quatre ans pour qu’on ait terminé la construction de cet immeuble. La conception, la construction et l’occupation prennent du temps. La construction de nouveaux logements prend du temps. Il faut planifier d’avance pour livrer la marchandise.

Comme on l’a dit à Evergreen.

Dan Dicaire détient un diplôme de premier cycle et une maîtrise en génie chimique de l’Université d’Ottawa. Il est ingénieur et gestionnaire agréé dans le domaine de l’énergie. Il travaille présentement pour Logement communautaire d’Ottawa où il occupe le poste de gestionnaire de l’énergie et la durabilité. Au cours des 11 dernières années, il a coordonné l’installation de 500 kW de réseaux solaires sur 36 sites différents de LCO et géré la modernisation du système d’éclairage à DÉL dans l’ensemble du portefeuille, ce qui permettra d’économiser chaque année 4,6 GWh d’électricité. Sous sa direction, le service de la durabilité de LCO a économisé plus de 46,5 millions de dollars en 2020. Dan s’est vu décerner le prix de Jeune professionnel de l’année dans le domaine de l’énergie de l’Association des ingénieurs en énergie. Il est le fier papa d’une jolie fille de 6 ans.

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