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Des étudiants travaillent dans des cubicules

September 24, 2020

La technologie et les données au service de la sécurité sur les campus postsecondaires

Pour Mary Lobson, une résidente de Winnipeg, The Hunting Ground - un documentaire de 2015 qui aborde l'incidence des agressions sexuelles sur les campus universitaires aux États-Unis - a été un signal d'alarme. En tant que défenseure de longue date des personnes victimes de violences sexuelles et domestiques, elle y a vu une occasion de rendre les campus canadiens plus sécuritaires et exempts de violence sexuelle.

Cet automne, elle a lancé REES (Respect, Educate, Empower Survivors) dans 12 universités et collèges du Manitoba. À l'intersection entre la technologie et la lutte contre la violence à caratère sexiste, REES est une plateforme en ligne de signalement des violences sexuelles qui est centrée sur les besoins des survivants. La plateforme a été développée en collaboration avec des survivants, des étudiants, des employés et enseignants universitaires, des organismes communautaires et les forces de l'ordre. Elle sera bientôt disponible en français et en anglais afin d’être accessible au plus grand nombre.

Il faut des statistiques précises

«Nous savons que les faits de violence sexuelle sont répandus», déclare Mary Lobson. «1 femme sur 3 et 1 homme sur 8 sont victimes de violences sexuelles dans les espaces publics selon le rapport de l'Enquête sur la sécurité dans les espaces publics et privés publié par StatsCan. Pourtant, moins de 5% de ces cas sont signalés à la police. C’est difficile de faire changer les choses quand nous n’avons pas une idée précise des chiffres »

Disponible 24 heures sur 24, 7 jours sur 7, 365 jours par an, REES fonctionne comme un outil de signalement et permet de connecter les survivants aux ressources et au soutien qu'ils nécessitent. La plateforme permet le signalement anonyme, dans le cas où une victime souhaiterait raconter son histoire et voir son cas compté dans les statistiques sans pour autant déclencher une enquête formelle. Il est également possible de porter plainte auprès des services de police ou d’entrer en contact avec représentants de son campus scolaire. En supprimant les barrières physiques, émotionnelles et géographiques auxquelles les survivants sont souvent confrontés lorsqu'ils signalent une agression sexuelle, REES offre de nouvelles voies de signalement ainsi que la possibilité de collecter des données - une composante essentielle du projet.

Le respect de la confidentialité était au premier plan lors de la conception et du développement de la plateforme.

«Nous avons pris en considération les principes de protection de la vie privée ainsi que les règlementations sur la protection des données, depuis la conception et au fur et à mesure que nous construisions l’outil. Nous voulions nous assurer que les survivants aient le choix quant à la manière dont leurs informations sont partagées et avec qui », explique Lobson.

Il n'est pas nécessaire de s’identifier pour créer un compte et utiliser la plateforme à moins que le survivant ne souhaite déposer un rapport auprès des services de l'ordre ou être connecté à son représentant scolaire.

La collaboration est la clé du succès

Le concept a suscité l'intérêt de nombreux établissements postsecondaires au Manitoba, ce qui a permis une collaboration optimale et un déploiement efficace de la solution. Pour les écoles, le fait d’impliquer un organisme tiers dans le processus de signalement garantit, d’une part, la transparence et la prise de responsabilité et d’autre part, augmente la confiance institutionnelle de la part des élèves.

En janvier, à la fin du semestre d'automne, chaque établissement postsecondaire participant au programme recevra un rapport complet du REES qui leur permettra d'évaluer la réactivité de leur campus face aux incidents d'agression sexuelle et de prendre des mesures pour améliorer leurs procédés. Lobson et son équipe examineront également les données agrégées de tous les établissements afin d’identifier les tendances générales à travers la province.

Lobson est ravie d'avoir eu l'occasion de collaborer avec plusieurs parties prenantes sur ce projet: «L'un des principaux succès à ce jour a été la possibilité de collaborer avec toutes les institutions de la province, les services de police ainsi que les organismes communautaires qui oeuvrent dans le domaine de la violence sexuelle pour développer des solutions qui soutiennent les survivants au sein de leur communauté universitaire.”

Mary Lobson, fondatrice de REES Community

Les possibilités futures pour REES

Bien que la plateforme ait été créée à l'origine pour une utilisation au sein des écoles postsecondaires, elle pourrait s’avérer performante pour relever les défis auxquels font face d'autres institutions.

«Nous pensons que REES peut être utilisé dans tous les secteurs et industries. Elle peut être adapté partout où les gens vivent, travaillent et apprennent », déclare Lobson.

Les utilisateurs de transports en commun, par exemple, pourraient bénéficier de la mise en place de la plateforme. Les actes de violences sexuelles sur les lignes de transports publics sont prévalents et documentés. Pourtant, il existe très peu de mécanismes de signalement de ces incidents à l’heure actuelle.

Dans les écoles primaires et secondaires, REES pourrait être adapté afin de surveiller la santé mentale des élèves et leur permettre de signaler le harcèlement scolaire. À l’heure où la plupart des étudiants et des enseignants pratique l’apprentissage virtuel en raison de la COVID-19, Lobson souligne que la plateforme pourrait aider les administrateurs à rester engagés et connectés avec leur communauté scolaire de manière continue.

La sécurité est une priorité pour les communautés et les gouvernements locaux de toutes tailles. L'intégration d'outils connectés transformateurs tels qu'un REES dans la vie urbaine a le potentiel de rendre les communautés plus intelligentes et sécuritaire chaque jour.